Je vous présente ma petite fierté.
La jeune femme s’avanca la tête haute, mais le coeur meurti de chagrins et d’obscures pensées fatalistes. Dans ses vêtements qui ne seraient jamais les siens, elle appréhendait ses malheurs prochains tout en retenant ses larmes. Mais pour une fois où elle était si belle, même si ces parures n’étaient qu’illusoires, ce n’était pas le moment de tout gâcher avec un flot de larmes.
Elle était vêtue d’une robe vert émeraude. La volupté et le doux mouvement de la robe laissait croire que la jeune femme nommée Skrishta flottait. Malgré l’ampleur de sa robe, on pouvait discerner ses petits seins et ses hanches à peine tracées. Ses bras nus offraient aux yeux de tous une peau brillante, couleur caramel. À ses poignets effilés se trouvaient de lourds bracelets de zéphyrs, de quartz ou encore d’amétyste, entourés d’argent, d’or et d’autres pierreries. Ses bijoux pendants près de ses mains mirroitaient le soleil à son zénith de cette journée de juillet. Ses longs doigts délicats pourvus d’ongles judicieusement décorés se balançaient faiblement près de ses hanches, les effleurant du bout du doigt.
La foule regardait Skrishta gravir une à une les hautes marches sacrées, en s’extasiant sur sa fine silhouette découpée de jeune femme à peine mûre, savais réaliser que le principal de la

photo de Marie-Ève Bergeron, chez Diem Phtography
beauté de la jeune femme leur échappait, à savoir le regard poignant de la jeune fille. Celui-ci semblait refléter le défilement d’une vie entière Derrière ses yeux embués d’eau, mais dont elle ne laisserait pas s’échapper une seule goutte par honneur, se trouvait un mélange complexe d’émotions que trahissait son regard. De la peur profonde et véritable qui vous laisse sans voix et immobile, jusqu’à la colère de l’injustice de ce monde incompéhensiblement chaotique, en pasant par la tristesse altière des cygnes noirs, tout en Skrishta bouillonnait, se bousculait.
Elle ne se comprenait plus, ne commandait plus ses actes. Elle aurait voulu se libérer de cette ascension infernale qui ne pourrait la mener qu’à sa perte, mais en était incapable. Elle aurait voulu courir en sens inverse, vers une destinée chatoyante de promesses, mais c’était comme si elle s’était détachée de son corps qui ne lui appartenait plus désormais. Ni à elle, ni à personne. Ailleurs, son esprit la regardait de haut, redoutant le pire.
Ses iris verts clairs se tournèrent vers les gens qui étaient venus la voir, et elle eut le vertige en voyant la mer de personnes s’étendre aussi loin.
Arrivée en haut de l’autel, le vertige la frappa soudainement de plein fouet. Chancelante, elle se rendit jusqu’au dernier endroit qu’elle ne verrait jamais. Un prêtre, armé de ciseaux, s’approcha d’elle. Elle tressaillit, et, ne pouvant plus lutter contre le bouillon à grands remous qui s’agitait en elle, pâlit. Rapidement, le prêtre lui coupa ses cheveux à raz la tête et Skrishta dû se retenir de plus belle pour ne pas verser une larme devant sa chevelure fluide qui couvrait ses pieds nus.
On la tira ensuite de force vers l’autel où on la coucha. N’ayant plus la force de se débattre, la promise d’un quelconque dieu païen s’affala sur son tombeau. Elle sentit la lame déchirer ses chairs, disséquer son corps. Dans un ultime effort de survie, elle leva les yeux, simplement pour prouver qu’elle vivait encore. Elle vit alors le prêtre brandissant à bout de bras son cœur qui continuait de battre, s’accrochant à la vie de toutes ses forces.
C’est à peine si elle entendit le tonnerre de cris qui s’élevait de la foule Maya qui, gloutonne, ne pouvait se repaître d’un seul sacrifice de vierge ce jour-là.
Le sang avait coulé à flot sur sa robe maintenant trempée de sang noir. Sa vue s’embrouillât, les sons devinrent confus, puis inaudibles, et finalement, après une pénible agonie, tout s’évanouit.
On jeta le corps de Skrishta à la fosse et l’on fit venir la prochaine malheureuse vierge. Ce jour-là, les Mayas avaient faim de sacrifices pour leurs dieux mécontents. La récolte avait été mauvaise.