J’étais heureuse sous cette forme. tout m’était possible. Je me balançais, au gré du vent, ma chute ne tenant qu’à quelques molécules. Je me sentais si transparente, si pure. Je me retenais, m’étirais, j’atteignait la limite de mon élasticité pour ensuite reprendre ma forme. Je m’amusais follement. J’arrivais même à refléter. Du transparent – de l’invisible, même! – je passais au vert, au bleu, au rouge, à l’or. J’étais un diamant qui brille, perdue sur la cime d’un arbre.
J’aurais pu me laisser choir, faire une chute de centaines, voir de milliers de fois ma hauteur. C’était excitant. Je me contrôlais, je contrôlais ma forme, ma couleur, tout ce qu’il me chantait. J’aurais pu me mêler à mes semblables. J’aurais pu continuer ma vie solitaire. Même que, si telle avait été ma volonté, j’aurais disparue. Il me suffisait d’avoir énormément de volonté, et puis, tout ce qu’il me restait à faire, c’était attendre. Je finissais toujours par obtenir ce que je voulais. Je me fascine.
Certains me fuient, d’autres me cherchent. Je suis tout. je représente la vie, bien que je sois inerte. Parfois on donnerait beaucoup pour m’avoir quand on a besoin de moi. Je suis même indispensable. C’est tout de même étrange. je sais que je m’estime beaucoup, je m’adore peut-être trop, mais en même temps, je me dis que j’ai peut-être raison. ce n’est pas donné à tout le monde que d’être.. moi. D’être tout et rien à la fois.
Après mûre reflexion, je crois que je vais me laisser plonger. J’ai assez médité sur le sujet. L’heure est venue. Je me demande bien ce que la vie me réservera, cette fois. Il est toujours étrange de plonger dans le monde des vivants, alors que l’on ne l’est pas. Ça provoque énormément de boulversements. Je vais m’amuser, je crois.
- La Goutte d’Eau